5,6 millions de ménages en précarité énergétique peinent à se chauffer, un chiffre qui suit la hausse de prix de l’énergie, ce qui constitue une « bombe à retardement sociale ».

Cette précarité est particulièrement présente dans le parc de maisons individuelles (la moitié de toutes surfaces bâties, la moitié des logements en nombre), notamment dans le parc construit avant la première réglementation thermique : le parc d’avant 1975. La production de chaleur dans les maisons d’avant 1975 engloutit 14 milliards d’euros par an.
Comment mettre en oeuvre au niveau national une dynamique efficiente de rénovations performantes, en aidant en priorité les plus précaires, et sous fortes contraintes budgétaires ?

C’est à cette question que le rapport réalisé en juin 2018 par l’Institut négaWatt, en partenariat avec la SEM Energies Posit’IF, pour la Ville de Montfermeil, dans le cadre du PIA « Ville de demain », tente de répondre.

Le rapport part d’un rappel nécessaire : une basse consommation d’énergie suppose que l’« objet bâtiment » soit performant, pour que les comportements des habitants soient adaptés. Un « bâtiment performant » suppose une enveloppe performante (isolation suffisante et continue, étanchéité à l’air) et des systèmes performants (chauffage, ventilation et eau chaude sanitaire). Disposer d’un « objet bâtiment » performant à terme nécessite une vision globale des travaux avant de les lancer, et une coordination dans la mise en oeuvre de ces travaux.
L’idée, largement partagée au niveau national, que le foisonnement de travaux énergétiques conduira naturellement à la performance à terme se révèle être une illusion, faute de vision globale en amont, et de coordination des travaux.

Par ailleurs, la rénovation par étapes (que l’on appelle souvent « BBC-compatible ») soulève des difficultés et des risques largement sous-estimés aujourd’hui : coûts cumulés des travaux trop élevés, dégradation de la qualité de l’air intérieur faute de ventilation adaptée, économies d’énergie générées plus faibles qu’attendues et impossibles à contrôler, saturation des ménages vis-à-vis des nuisances générées par les chantiers successifs, etc. ;

La stratégie actuelle de rénovation « par étapes » ne permettra pas d’atteindre la performance du parc bâti en 2050.

La rénovation complète et performante (travaux réalisés en une fois au niveau BBC-rénovation) est vue aujourd’hui comme un marché de niche, réservé aux ménages aisés. Pourtant, cette stratégie de rénovation permet de mettre en place un nouveau modèle économique et financier, qui rend la rénovation performante accessible à tous, y compris à la plupart des ménages en précarité énergétique ; des retours d’expérience concrets de rénovations complètes et performantes, présentées dans l’étude, démontrent que cette démarche n’est plus un concept, mais une réalité – et une opportunité à saisir.

Partant de ces constats, ce rapport de l’Institut negaWatt présente la démarche « DORéMI », sur lequel l’Institut préconise de s’appuyer pour atteindre à la fois un parc de logements rénovés très performants (et confortables) à l’échelle individuelle, et les objectifs énergétiques que s’est fixée la France en 2050.

La pari du dispositif DORéMI en 2012 a été de rendre possible sur un territoire l’émergence d’une offre de rénovation complète et performante des maisons à coûts optimisés, en s’appuyant sur les entreprises artisanales locales.

Et le rapport de conclure : « Nous rêvons ainsi que soient lancés, à l’initiative des acteurs légitimes et motivés, des « pilotes opérationnels » concentrant, sur des territoires de taille suffisante, les acteurs et les ressources en faveur de l’émergence de la rénovation complète et performante, en priorité pour les ménages en précarité. »

Consulter le rapport :

Résorber la précarité énergétique et rénover les passoires thermiques nW_Etude juin 2018

Télécharger le support PPT de présentation du rapport utilisé à l’occasion de l’Université negaWatt 2018 :

atelier_precarite-renovation_l.msika-j.celsan nW_2018